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InnovAfrica

InnovAfrica : la fête de l'Innovation Africaine
Pour la quatrième fois en Afrique Sub-Saharienne, un évènement, le Forum InnovAfrica, permet
 la mise en réseau des porteurs d'initiatives sur les usages innovants dans le Sud en matière de technologies et d'innovation sociale. 

Forum InnovAfrica du 26 au 30 novembre 2012 à Dakar (Sénégal)
>> Plus d'information sur le Forum InnvoAfrica 2011 de Ouagadougou, cliquer ici. <<

Présentation JM Cornu à InnovAfrica - Bamako 2009

Présentation de Jean-Michel Cornu pour la soirée d’inauguration du Forum Innovafrica à Bamako du 14 au 18 décembre 2009

Par Denis • On Se Débrouille • Vendredi 22/01/2010 • 0 commentaires  • Lu 3631 fois • Version imprimable

Thème : Les technologies émergentes : risques ou opportunités pour l’Afrique

Lorsque l’on s’intéresse à la prospective, le premier réflexe est d’aller chercher ce qui se fait de nouveau et d’intéressant dans les grands laboratoires. Plusieurs exemples ont été donnés qui montrent que la révolution du numérique est en train de sortir de l’écran : arrivée en nombre des robots, objets intelligents tel que le pinceau/caméra du MIT, objets usuels transformés avec la cape d’invisibilité du professeur Tachi au Japon…

Mais toutes ces technologies demandent des investissements lourds à la fois dans la recherche et pour leur réalisation industrielle. Si ces investissements ne sont pas faits ou pas possibles, il existe un risque de subir l’émergence des nouvelles technologiques le plus souvent en payant plus cher qu’avant. C’est le cas par exemple avec les OGM brevetés dont il faut racheter les semences tous les ans, c’est aussi le cas avec l’internet ou le trafic international est payé par le Sud quel que soit celui qui envoie ou reçoit (ce qui est l’inverse de ce qui se passait au début du téléphone)1. Heureusement, de plus en plus de pays d’Afrique installent des points d’interconnexion pour ne pas dépendre du Nord dans les communications entre eux.

Mais au-delà de réaliser de lourds investissements ou de subir, il existe une troisième voie : celle du « faire soi même » (« do it yourself » en anglais). Avec du temps, de l’astuce et de l’imagination, il est possible de réaliser de nombreuses choses pour un prix dérisoire, souvent pas plus de 1% du prix où est vendue la version classique.

La présentation a permis de montrer plusieurs exemples de ce que l’on peut réaliser dans divers domaines : le numérique, la fabrication, les nouvelles technologies émergentes et même dans les financements et la monnaie…

Faire soi-même dans le numérique

Il est possible de réaliser un tableau blanc interactif avec une télécommande WiiMote de la console de jeu Wii détournée de sa fonction (entre 30 et 40 €), une led infrarouge (1 €), une pile et un vieux stylo, là où les tableaux blancs interactifs sont vendus cent fois plus chers2.

Autre possibilité : bloguer sans disposer d’ordinateur ni d’internet afin d’échanger les bonnes idées à plusieurs. Il est ainsi possible de bloguer simplement en envoyant un SMS depuis son téléphone mobile. Pour cela il faut installer dans le pays (afin de ne payer que le coût local du SMS), un petit système qui relie un téléphone mobile (qui ne fait que recevoir les SMS, une simple carte Sim sans unités suffit) à un ordinateur connecté à l’internet. Il suffit d’une seule de ses installations pour tout le pays et il est sans doute possible d’avoir l’accord d’un fournisseur d’accès pour héberger ce dispositif qui consomme peu de bande passante mais rendrait de grands services (il existe une version intégrée, surnommée « hérisson », qui rassemble dans un même boîtier un ou plusieurs systèmes de réception de SMS avec carte SIM et antennes et un serveur informatique). Le système twitter est un système gratuit permettant le microblogging (des billets très courts de la taille d’un SMS) et il est facile d’y glisser des mots clés du type « #correspondants » pour indiquer qu’il s’agit du repérage d’une technologie ou d’un usage intéressant par exemple. Les différents billets très courts pourraient envoyer en numérique sur le satellite Worldspace qui est normalement dédié à la radio numérique mais permet également d’envoyer des données numériques. C’est déjà ce que fait l’ANPE du Mali en envoyant avec l’aide de RFI planète radio via worldspace les offres d’emplois. Celles-ci sont reçues dans un dispositif mis en œuvre par RFI, couplant un récepteur radio worldspace et un petit ordinateur. Ces systèmes sont installés dans des radios locales qui peuvent utiliser ces contenus pour fabriquer leurs programmes.

En installant un « hérisson » même artisanal et en utilisant le satellite Worldspace, il est ainsi possible de bloguer avec un simple téléphone mobile et de recevoir une agrégation de ce qui s’est dit sur un sujet par la radio. Bloguer sans ordinateur et sans internet (ou du moins sans que les utilisateurs aient accès à l’internet) permet de faire bénéficier au plus grand nombre de la formidable capacité d’intelligence collective de l’internet.

Faire soi-même n’importe quel objet

Mais une nouvelle révolution se profile : si avec l’ordinateur puis l’internet, il est possible pour le plus grand nombre de créer des contenus et de les mettre à disposition de tous, le même phénomène est en train de se mettre en place avec la fabrication.

Pour Neil Gershenfeld, directeur du center for bits and atoms au MIT, « la fracture de la fabrication et de l’instrumentation est plus grande que la fracture numérique ». Il a alors développé le projet fablabs3 : rassembler dans un même lieu mis à disposition de tout un ensemble de machines-outils commandées à partir d’un ordinateur. Il est ainsi possible de réaliser pratiquement n’importe quelle pièce en bois, en métal et en plastique dans ce lieu dont l’équipement représente actuellement environ 20000 $. Ces lieux ne sont pas à l’intérieur d’une entreprise mais ils sont ouverts à des innovateurs, des étudiants, des particuliers qui peuvent ainsi innover, créer de nouveaux objets et construire leur propre emploi. De nombreux Fablabs ont ouvert dans le monde, y compris au Sud (Ghana, 2 au Kenya, 5 en Afrique du Sud, Afghanistan, 5 en Inde, Iran, Costa Rica, Colombie, 11 aux USA, Islande, 4 aux Pays Bas, 2 en Norvège, 2 en Espagne). D’autres sont d’ores et déjà prévus en Chine, Ethiopie, Indonésie, Suriname, Angleterre, France, Suède... Les utilisateurs des fablabs choisissent de construire des objets très différents suivant leurs besoins ou leur culture : des instruments pour l’agriculture en Inde, des turbines à vapeur pour convertir l’énergie au Ghana, des antennes à haut gain…

Pour Neil Gershenfeld, « on n’a pas besoin d’un tel dispositif pour fabriquer un produit que l’on trouvera dans la grande distribution, mais pour fabriquer ce qui fait de nous un être unique. Les étudiants ont donc détourné mes machines pour inventer la fabrication personnelle ». L’artisanat, un des grands savoir-faire de l’Afrique pourrait se trouver révolutionné par ces dispositifs : aujourd’hui chacun désire un objet unique, différent du voisin. Pourquoi ne pas ainsi proposer des coques de téléphone mobile ou même des voitures uniques ? Avec le savoir-faire en artisanat de l’Afrique et la naissance de la fabrication personnelle de haute technologie, il serait possible à beaucoup de créer des emplois et d’exporter vers le Nord.

Les fablabs sont avant tout des dispositifs collectifs, car même si leur coût est sans comparaison avec une usine classique, ils nécessitent tout de même environ 20.000 $ (La Fing et différents partenaires est en train de lancer le projet FabLab2 qui doit permettre de fabriquer soi-même plusieurs des machines du Fablab pour en faire baisser le coût). Mais il est possible également de créer une pièce non plus en l’usinant (même automatiquement) mais en déposant de la matière couche par couche pour constituer la pièce à partir d’un modèle numérique en 3 dimensions réalisé sur ordinateur. On parle alors d’imprimante 3D. Ces imprimantes actuelles savent bien traiter le plastique et coûtent entre 30000 et 3000 €. Ainsi, lorsqu’une pièce est cassée, plutôt que de la jeter et d’acheter une pièce de rechange venant de l’étranger, il devient possible de réutiliser des déchets plastique, de les refondre et de créer soi-même la pièce de rechange…

Une des imprimantes 3D peu chère les plus intéressantes est la Reprap4. Il est possible de la construire soi-même à partir de matériaux de récupération pour un coût de 300 € ! Encore plus intéressant, la Reprap est capable de construire n’importe quelle (petite) pièce en plastique, dont les pièces pour construire une Reprap !

Il est également possible de construire soi-même des objets électroniques avec des systèmes peu chers, adaptables et libres (il existait du logiciel libre que l’on peut librement dupliquer et améliorer, il commence à apparaître du matériel libre…). C’est le cas par exemple du système Arduino.5

Ainsi, il est possible avec un investissement très raisonnable, de construire n’importe quelle pièce en plastique, ou même n’importe quel objet en métal, bois et plastique disposant même de circuits électroniques. Il serait possible de parler d’un artisanat 2.0 comme d’une étape post industrielle permettant la fabrication de pièces unique. Cette nouvelle étape change la donne et ouvre des possibilités importantes aux nouveaux pays qui ont une industrie peu développée. Elle leur permet une autosuffisance en terme de pièces de rechange mais également, en utilisant l’imagination et la créativité des populations, elle permet de proposer des produits innovants dans le monde entier et de se positionner en exportateurs. L’investissement est remplacé par l’imagination.

Faire soi-même des technologies émergentes

Les technologies émergentes sont parfois appelées NBIC par les américains (pour Nanotechnologies, Biotechnologies, Informatique et Cognition). Elles sont réputées nécessiter des investissements pharaoniques, mais là encore, il est souvent possible de faire beaucoup avec très peu d'investissements et beaucoup d’imagination.

Des étudiants du collège royal d’arts à Londres ont ainsi le projet de réaliser un camion produisant des nanoparticules pour créer des nuages à la crème glacée6… Plus sérieusement, une machine de dépose de nanotubes de carbone (permettant de réaliser des capteurs divers) coûte 10000 €, ce qui représente un coût important mais sans commune mesure avec les investissements habituels dans la recherche en nanotechnologies. En biotechnologie, il existe des groupes de hackers (personnes développant des savoir-faire très pointus pour développer eux même des solutions. A ne pas confondre avec les « crakers » qui sont des pirates). C’est le cas par exemple groupe DIYbio qui a développé un séquenceur d’ADN pour 400 € !

Dans le domaine des neurosciences et des sciences cognitives également existent des groupes qui développent des solutions à faire soi-même comme le montre le dossier de Rémi Sussan sur « le cerveau, objet technologique7 ». L’arrivée de casques permettant une interface directe entre le cerveau et l’ordinateur (BCI, Brain Computer Interface) grâce à l’utilisation des ondes cérébrales ouvre également de nouvelles possibilités. Le casque mindset de Neurosky devrait être commercialisé dans les prochains mois au prix de 50 €…

1 Les accords de peering, ou comment le Sud Finance le Nord : http://www.correspondants.org/news/les-accords-de-peering-ou-comment-le-sud-finance-le-nord

2 Fabriquer un tableau numérique Wii pour 41 € : http://www.prtice.info/?voir=tnwii


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