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InnovAfrica

InnovAfrica : la fête de l'Innovation Africaine
Pour la quatrième fois en Afrique Sub-Saharienne, un évènement, le Forum InnovAfrica, permet
 la mise en réseau des porteurs d'initiatives sur les usages innovants dans le Sud en matière de technologies et d'innovation sociale. 

Forum InnovAfrica du 26 au 30 novembre 2012 à Dakar (Sénégal)
>> Plus d'information sur le Forum InnvoAfrica 2011 de Ouagadougou, cliquer ici. <<

La santé mobile : l’accès à la santé à travers l’usage des téléphones

Une entrevue avec Claire Pénicaud et Anne Roos-Weil

Par Sylvain Maire • Dossiers • Mercredi 09/06/2010 • 6 commentaires  • Lu 5784 fois • Version imprimable

Note : 2.9/5 (69 notes)

Dans la perspective de création de groupes de correspondants autour d’une thématique et/ou de groupes locaux, voici une ouverture sur la problématique de la . Cette dernière vise à l’amélioration de l’accès à la santé en tirant parti de l’usage de périphériques mobiles. 
Nous vous proposons une interview de Claire Pénicaud et d’Anne Ross-Weil, qui viennent de rejoindre le réseau Correspondants.org. Elles ont travaillé à rendre la problématique de la santé mobile la plus accessible possible. Nous les remercions chaleureusement d’avoir offert leur temps et leur travail pour nous proposer cette interview.

Claire Pénicaud dirige depuis septembre dernier un projet de recherche sur la  au . Elle est formée en management de l'innovation sociale à sciences po Lille. Le centre d'innovation sociale a pour axes principaux de recherche l'humanitaire, le développement durable, l'entrepreneuriat social, le management de la santé, la RSE et l'éthique. 

Anne Roos-Weil est directrice fondatrice de l', qui se donne pour objectif de réduire la mortalité infantile et maternelle en Afrique, à commencer par le , en évitant les complications de maladies simples, responsables encore aujourd'hui de la très grande majorité des décès des mères et des enfants. 
 
Correspondants : En quelques mots, qu'est-ce que la santé mobile ?
Claire : La  c’est l’utilisation des technologies de la téléphonie mobile pour la santé. Plus précisément, l’objectif de la santé mobile, c’est l’amélioration de la santé de façon directe, en intervenant au niveau du patient, ou indirecte, à travers l’amélioration de l’efficacité des systèmes de santé. L’objectif ultime, c’est sauver des vies ! Quant aux technologies de la téléphonie mobile, il s’agit bien sûr des téléphones portables, mais aussi des assistants numériques personnels (PDAs), des smart phones, et des réseaux de téléphonie.


Correspondants : Pourquoi la santé mobile est-elle un enjeu fort, et ce tout particulièrement dans les pays en voie de développement ?
Claire : Je pense qu’il y a deux raisons principales à cela : une raison technologique, et une raison de potentiel. 
Tout d’abord, il faut replacer la santé mobile, que l’on appelle également m-santé, dans le contexte plus général du développement de la e-santé. L’OMS définit la e-santé comme « l’utilisation des technologies de l’information et de la communication pour la santé ». Les technologies de la téléphonie mobile font partie des TIC, et la santé mobile est donc une partie de la e-santé. La e-santé s’est d’abord développée autour des usages de l’internet avec des services liés au développement des systèmes d’information sur la santé. Or, dans de nombreux pays en développement, l’accès à internet demeure limité, contrairement aux technologies de la téléphonie mobile. Aujourd’hui, il y a plus de 4 milliards de téléphones portables dans le monde ! Et depuis 2000, le taux de possession d’un téléphone portable a augmenté de 70% par an tous les ans, dans les 50 pays les plus pauvres du monde. La santé mobile semble donc avoir été le pendant dans les pays en développement de la e-santé. 
 
La deuxième raison pour laquelle la santé mobile constitue un tel enjeu dans les pays en développement,  c’est une question d’effet de levier. En matière de santé, les besoins dans les pays en développement sont extrêmement forts. Travailler sur la santé dans les pays en développement, c’est travailler sur le Sida, le paludisme, et la tuberculose, soit trois maladies des plus meurtrières au monde. Mais surtout, c’est le manque de moyens du secteur médical qui différencie largement ces deux groupes de pays. Selon l’OMS, il y a 57 pays qui souffrent qui manque critique de personnel médical, dont le déficit global est estimé à 2,4 millions de docteurs, infirmiers, et sages-femmes. Dans ce contexte, on comprend donc que la santé mobile ait un effet de levier autrement plus important dans les pays en développement ! Je crois que c’est pour ces deux raisons d’accès à la technologie, et d’effet de levier, que la santé mobile représente un tel enjeu dans les pays en développement.
 
Correspondants : Mais les téléphones peuvent-ils réellement changer les choses dans le contexte difficile de carence des services de santé que tu as décrit ? Est-ce que tu peux nous donner un exemple où la santé mobile modifie l'accès à la santé ?  
Claire : Les questions d’accès à la santé sont bien évidemment centrales et je peux te donner deux exemples. Le premier est celui d’un projet de téléradiologie qui existe en Afghanistan depuis 2007. Le contexte de l’Afghanistan est on le sait particulièrement difficile : c’est une zone de guerre où les enjeux médicaux sont très importants, mais que beaucoup de médecins ont fuie. Afin de répondre à ce défi, l’entreprise de télécommunications Roshan a lancé avec plusieurs partenaires un projet de téléradiologie qui permet de mettre en relation d’une part des hôpitaux de province avec un hôpital de Kabul (l'Institut médical des enfants afghans), et d’autre part l’hôpital de Kaboul avec des radiologues spécialistes dans des hôpitaux partenaires au Pakistan et en France. Dans le cadre de ce projet, plusieurs dizaines d’images radios sont ainsi envoyés par transmission électronique grâce à l’utilisation des réseaux. Ici, l’accès à la radiologie est désormais possible pour les patients habitant des régions difficiles d’accès en Afghanistan. 
Le deuxième exemple que je peux vous donner est celui de  au  qui permet l’accès à la santé préventive pour les familles les plus pauvres. Le mieux est de laisser Anne présenter cela !
 
Correspondants : Anne, peux-tu nous présenter en deux mots Pesinet ?
Anne est un programme, mis en place par l’association du même nom, qui vise à réduire la mortalité infanto-juvénile en prévenant les complications de maladies simples chez les jeunes enfants, à travers le suivi de données sanitaires clés recueillies très fréquemment auprès des familles.
 
Dans de nombreux pays d’Afrique Sub-Saharienne, une très grande majorité des enfants meurent de maladies très facilement traitables localement si elles sont détectées et prises en charge suffisamment tôt. Au , par exemple, où le programme Pesinet a commencé, 1 enfant sur 5 meurt avant d’atteindre ces 5 ans. Dans 70% des cas, ces enfants meurent de maladies aussi bénignes que le paludisme, les maladies diarrhéiques, la rougeole ou les infections respiratoires. C’est pour éviter cela que Pesinet a été conçu.
 
Correspondants : Comment ça marche Pesinet ?
Anne : Le modèle est assez simple. Des agents de pesée Pesinet rendent visite aux enfants abonnés au service chaque semaine ; deux fois par semaine pour les enfants de moins d’un an. L’examen sanitaire s’effectue aussi bien à la maison que dans des endroits de la vie de tous les jours où l’agent peut trouver facilement les enfants et les mères. 
Les agents pèsent les enfants et indiquent dans une application sur téléphone mobile leur poids et leurs éventuels symptômes (fièvre, toux, vomissements, nombre et type de selles). Elles précisent également si l’enfant est encore nourri au sein. 
Les données collectées sont envoyées chaque jour via le réseau mobile sur une base de données centralisée et sécurisée.
Le médecin du centre de santé partenaire accède aux données via un portail web. Les données sont représentées automatiquement sous forme de courbes. Un paramétrage simple permet de détecter automatiquement les cas à risque. Le médecin examine les courbes tous les jours à heure fixe. Lorsqu’il détecte une anomalie et juge qu’un enfant doit venir le consulter, il en informe l’agent de santé en l’indiquant dans l’interface web.

L’agent reçoit les convocations sur son mobile et peut dès le lendemain, se rendre de nouveau dans la famille pour le donner un « bon de consultation » qui donne droit à une consultation gratuite et à des médicaments à moitié prix. 
Les abonnés paient une cotisation mensuelle d’un peu moins d’1€ par enfant pour bénéficier du service.
Pour une description en image du service, vous pouvez regarder un court clip vidéo de présentation à cette adresse : http://www.pesinet.org/wp/fr/2009/09/video/

 

Correspondants : Quels sont les outils de mobile santé utilisés pour le service ?
Anne : Deux outils ont été conçus et développés par l’association pour les besoins du programme :
L’application mobile, utilisable sur des téléphones mobiles moyenne gamme, permet d’enregistrer les dossiers des abonnés, de les actualiser à chaque visite de l’agent, de transmettre les informations et de recevoir les convocations.
 
Le portail web permet au médecin d’accéder au dossier administratif et médical des abonnés, de provoquer une demande de consultation, et d’enregistrer les observations médicales lors des consultations. Il permet également au coordinateur local du programme de piloter les activités (visites des agents, consultations médicales, recouvrement des abonnements). Un module permet d’agréger les données pour présenter des statistiques sur l’impact du service.
 
Correspondants : Où est-ce que le programme fonctionne et depuis quelle période ? 
Anne : Le programme fonctionne aujourd’hui dans un quartier de la capitale du Mali, à Bamako Coura, auprès d’environ 250 enfants. Le programme pilote a débuté fin 2008.  L’expansion du service auprès des habitants du quartier a été lancée depuis l’automne 2009, après une phase d’expérimentation et d’ajustement du modèle opératoire. 
 
Correspondants : Quelles sont vos ambitions de développement pour le programme ?
Anne : En accord avec le ministère de la santé du Mali, et suite aux résultats positifs du pilote, nous souhaitons développer le programme à grande échelle au Mali, en zone urbaine et en zone rurale. Nous souhaitons aussi développer sur le même modèle  de nouveaux services, notamment un service de suivi des grossesses. Nous avons également prévu de déployer le programme dans d’autres pays d’Afrique Sub-saharienne souffrant de forts taux de mortalité infantile et maternelle.
 
 
En conclusion, l'enjeu de la  aujourd'hui, c'est le déploiement d'initiatives prometteuses comme  à grande échelle afin de démultiplier l'impact social. Toutefois, le passage à l'échelle demeure un réel challenge dans la mesure où nombre de projets pilotes de santé mobile restent bloqués à ce stade. C'est cette problématique bien précise que Claire a étudié dans le cadre d'un projet de recherche qu'elle conduit au  depuis septembre dernier.

Aussi, si vous souhaitez obtenir un complément d'informations, vous pouvez évidemment vous adressez à nos deux correspondantes Anne et Claire.

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Commentaires

par Simon le Mardi 15/06/2010 à 17:55

 Bravo, merci pour cet article !


par Irene le Mercredi 31/12/2014 à 07:08

Beaucoup de projets assez interessants a realiser en Afrique. Soutenons ces genres de projets.


Merci pour cet article par Juliana le Mercredi 14/10/2015 à 13:27

 Merci pour cet article très interessant sur cette fête de l'innovation Africaine

Mon profil web ici.


par Juliana le Vendredi 20/11/2015 à 12:01

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Bravo par Jean Claude Gonnet le Mercredi 02/12/2015 à 16:14

Ou comment la technologie peut aider des populations...


Re: Bravo par Marie Bangkok le Vendredi 22/04/2016 à 03:55

Merci pour ce super article. L'innovation, partout dans le monde, reste très importante, surtout pour de nombreux pays en croissance. S'agissant de la Thailande, que je connais bien, les disparités limitent l'accès de la population à ces innovations qui pourtant existent.
Pour les transports par exemple le métro à Bangkok, c'est l'un des rare point où les deux se retrouvent, et c'est là selon moi toute l'efficacité de l'innovation!



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